L’incapacité à se projeter et à
s’extraire de l’isolement


Culpabilité et péjoration de soi

Les personnes isolées se sentent souvent responsables de leur exclusion.
Elles confortent en cela certaines représentations posant l’isolement
comme le résultat des comportements individuels et de l’asociabilité.

« Je me renferme chez moi. »
« Je n’arrive pas à aller vers les autres. »
« Quand j’ ai perdu mon conjoint, je me suis renfermée »
« Je ne peux plus avoir de relations avec les autres. »
« Je n'ai plus de goût à rien. »
« C'est épuisant de toujours se retrouver comme cela obligé à tout recommencer,
je ne me sens plus trop la force. »



Ce sentiment de responsabilité, de culpabilité,
s’accompagne également d’une mésestime de soi se traduisant
par un sentiment d’incapacité à « intéresser » les autres, d’incapacité à capter
leur attention, ou par un sentiment de profonde «inutilité»


« Ils (ses amis et ses enfants) ne viennent plus
car ils n’ont plus besoin de moi, je ne suis plus utile. »
« On ne peut pas toujours embêter les mêmes amis. »
« Quand on connaît la maladie et l’isolement on aimerait faire quelque chose
mais en fait on ne vous laisse pas le faire parce que vous êtes handicapé. »
« J’essaie de voir les gens quand même, mais eux ne m’invitent pas. »
« Mes collègues refusent de me parler. »
Aux effets dévastateurs de l’isolement s’ajoutent
donc la péjoration de soi et la culpabilité.

Ces sentiments sont d’autant plus forts que la capacité à s’inscrire
dans de multiples réseaux, à faire valoir « un carnet d’adresses »
est aujourd’hui une norme à l’aune de laquelle
chacun se sent potentiellement jugé

Aujourd’hui « qui n’est pas réticulé est un sot » dénonçait assez justement
Hubert Curien (ancien président de la Fondation de France).


L’enfermement dans l’isolement

Les personnes qui disposent d’un capital social important ont davantage
de ressources pour « gérer » les situations de rupture.
Les comportements de retrait de la vie sociale induits par la
perte d’un conjoint, le départ des enfants ou la perte d’un travail
peuvent en ce sens se résorberà l’issue d’une période de deuil,
grâce notamment à la mobilisation des réseaux
dont disposent certains individus.

Sur la base de l’enquête, on peut considérer cas l’isolement comme un
phénomène temporaire dans 19% des cas.
En revanche les individus qui ne disposent pas de ce capital social s’enferment
dans l’isolement et ne parviennent pas à en sortir.
Parmi les personnes isolées, 80% déclarent être en situation
d’isolement depuis longtemps (plusieurs mois ou plusieurs années).
Elles se sentent bloquées, dans l’incapacité à se projeter dans l’avenir,
et ne parviennent pas à trouver les ressources nécessaires
pour reconstruire leur vie sociale.


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Cette incapacité à percevoir des solutions ou des
portes de sortie aggrave la souffrance induite par l’isolement
et place les individus dans un rapport de résignation.

« Il y a bien des choses à faire ici, mais moi je n’aime pas ça,
je n’aime pas aller avec les autres
comme ça. En plus je ne conduis pas du tout, eh bien ce n’est pas facile.
Je ne peux plus allerà Quimper. De toute façon on n’a plus de voiture.
De toute façon il vaut mieux être toute seule chez soi
que toute seule parmi les autres ».

2 Selon Luc Boltanski et Eve Chiapello, dans un monde en réseau,
l’importance du capital social devient prépondérante.
Les individus sont classés et évalués selon leur capacité à
« se connecter les uns aux autres », à « entrer en relation »,
à ne « pas demeurer isolés »,«à communiquer », « à discuter »,
« à évoluer dans de multiples réseaux ».
Les individus ne doivent jamais être à court de projets leur
permettant de nouer et de créer de nouveaux contacts.

sculpture femme nue

« Je me dis quelque chose qui me plairait, c’est un vrai travail.
Mais voilà le problème, je voudrais
faire un CIF, mais bon même étant gamin je n’ai jamais su quel métier je voulais faire.
J’ai besoin de changer, de respirer de l’air, de m’évader, j’en peux plus,
toujours le même cirque. J’ai déjà pensé au suicide…
mais j’ai un mental fort alors je ne le fais pas !
Mais j’en ai marre de vivre, moi j’étouffe… ».
« J’ai tout essayé, les agences, les clubs, tout, j’ai tout essayé.
Le pire c’est surtout les week-ends,
mais moi prendre des vacances pour quoi faire, je suis seul (…)
Je me pose la question de ce que je pourrais attendre, je ne vois pas trop…».



Ces comportements de retrait ou de résignation contaminent l’ensemble de la vie sociale.
Ces exclus « des relations humaines » ont en effet en commun de rarement fréquenter
les équipements culturels ou de loisirs, les lieux de convivialités (restaurant, café…),
leur quartier, de n’avoir ni passion ni hobbies.

Parmi les personnes affirmant souffrir de leur isolement (5% de la population)
plus de la moitié pensent qu’elles auraient besoin d’une aide sociale
ou d’une aide psychologique.
Mais elles ne mobilisent pas ces aides, soit qu’elles ne les connaissent pas,
soit qu’elles n’aient pas pensé à y recourir



L’ampleur du phénomène
La fragilisation du lien social
L’incapacité à se projeter
et à s’extraire de l’isolement

Les inégalités face à l'isolement
Les catégories les plus touchées
Le sentiment d'être seul
Ecoute suicide
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